THEO FRANCOS, ET SEULE LA MORT AURA VAINCU CE REPUBLICAIN BAYONNAIS [Regarde les Hommes Tomber #4]

La commémoration des obsèques de Théo Francos aura lieu mardi 10 juillet à 15h30 au crématorium de Biarritz.

Les drapeaux français et républicains qui entoureront la dépouille presque centenaire de ce discret Bayonnais ne porteront que le souvenir d’un vent de l’Histoire, qui, passée la Seconde Guerre Mondiale, lui réserva à son arrivée un simple poste de balayeur à St Jean de Luz, puis une retraite sans lumières qu’il passa, la carte de communiste sur le coeur, à soutenir nombre de luttes ici, en particulier lors de manifestations de soutien aux sans-emplois où je l’ai rencontré par la suite à de nombreuses reprises.

Le travail entamé pour la reconnaissance de l’exemple donné par Théo Francos ne s’arrêtera pas à cet ultime combat perdu, lui qui combattit jusque son ultime goutte de sang le fascisme espagnol dès 1936, puis le nazisme jusqu’en 1944.

Passée la Guerre d’Espagne (et deux ans de tortures dans une prison franquiste), ce fut sans hésitation qu’il rejoignit en 1941 en effet les rangs décimés de la France Libre, aux côtés de De Gaulle, pour libérer ce pays qu’il avait fait sien depuis son arrivée à Bayonne en 1914, à l’âge d’un mois.

Au péril de sa vie, comme beaucoup, mais avec une rare exemplarité, que l’homme délivrait sans fanfaronnades, ni amertume.

C’est en 1995 que je fis sa rencontre pour la 1ère fois. Ce genre de rencontre qu’il est impossible d’oublier, qui vous donne le courage de vieillir avec un tel exemple, de ne jamais accepter de baisser la tête face à son ennemi, ni de se résoudre à l’affaiblissement de vos convictions.

Théo Francos est décédé hier, à 98 ans, dans son petit appart HLM déserté par la disparition de cette femme qu’il n’a cessé de chérir, et les souvenirs affluent, en même temps qu’une rage sourde.

Celle de ne pas avoir vu l’Etat français reconnaitre le parcours incroyable d’un homme exemplaire, dont l’humilité désarmait ceux qui ont eu la chance de le rencontrer.

“Terre et Liberté”

En 1995, à quelques jours de la sortie évènementielle de la sortie du film de Ken Loach LAND AND FREEDOM, il m’avait adressé une lettre pleine de colère sur une oeuvre qui, selon lui, porterait salement atteinte à la mémoire des Brigades Internationales, dont il expliquait avoir rejoint leurs rangs dès 1936.

J’avais trouvé son adresse dans son logement HLM sur Bayonne, puis son numéro de téléphone, et ce (déjà) vieil homme avait accepté ma proposition : une séance du film uniquement pour lui, dans l’intimité de la salle de cinéma de l’Atalante de Bayonne.

Venez me chercher, j’ai du mal à me déplacer, à cause de mon problème au coeur“, m’avait-il prévenu. Arrivé chez lui, j’avais rencontré pourtant un homme pleine de fougue, tandis qu’une femme plus fatiguée nous servait un café dans leur salle à manger.

Théo Francos avait vu le film, la plupart du temps en larmes. Et il m’avait alors confié son histoire incroyable d’un homme qui avait donné toute sa vie à la guerre contre le franquisme.

 

 

De la Guerre d’Espagne aux ultimes combats de libération de l’Europe face au nazisme

Né de parents originaires de la Castille, Theo Francos connut cet élan républicain qui le fit s’engager dans les Brigades Internationales dès 1936, à 22 ans. Très vite, il fut désigné comme “ouvreur de portes fermées” de l’égérie basque Dolores Ibárruri, surnommée “la Pasionaria”, chargé de lui trouver une issue de fuite quand sa vie était en danger face aux forces franquistes.

Il survivra à l’enfer de la bataille de Teruel, fut nommé commissaire politique du PC espagnol, mais sera finalement capturé par les phalangistes, en 1939.

Deux années de prison (et de tortures, sur lesquelles il resta aussi peu disert que puissamment troublé), et l’évasion en 1941, après que l’Espagne franquiste ait publié son décès dans les geôles.

C’est donc en 1941 qu’il rejoint St Jean de Luz, où l’attendaient sa mère et sa promise, mais, dans le port, avant même de rentrer chez lui, il voit les bateaux français amarrés en partance pour Londres et le début de la résistance française organisée autour du Général de Gaulle : il s’engage sans hésiter, et se retrouve face à un nouvel enfer, lors de la bataille de Tobrouck en Lybie.

Volontaire, il le sera également pour plonger dans l’horreur de la bataille du Monte Casino, en 1944, y survivre malgré la publication de son nom dans la liste interminable des victimes de cet affrontement dantesque.

Affaibli, il s’embarque pourtant vers les Pays Bas et les derniers combats de libération, où malheureusement il sera capturé par un bataillon allemand. Et fusillé, le 30 septembre 1944.

Une balle dans le coeur.

3ème acte officiel de décès de Théo Francos.

La guerre l’a vaincu. Mais pas la mort, qui devra reconnaitre sa défaite pour l’instant.

 

“Mes problèmes de coeur”

Cette balle, il l’a gardée tout le restant de sa vie, coincée entre le coeur et l’aorte.Ce qui pouvait à tout moment le laisser foudroyé au sol. “Venez me chercher, j’ai du mal à me déplacer, à cause de mon problème au coeur“. Une menace subie soixante huit ans durant.

Un miracle, dû à l’humanité d’un couple de paysans Hollandais venu sur le lieu de l’exécution des 37 soldats alliés, et qui remarquèrent que l’un d’entre eux, Théo Francos, était mourant, mais pas mort.

Une année de soins en Hollande lui permit de recouvrer la vie, puis la santé.

Et puis le retour chez lui, à St Jean de Luz, en 1946, pour retrouver sa mère en noir, mais également cette jeune femme qui s’était promise à lui 10 ans auparavant, et avait refusé de croire aux 3 déclarations officielles de sa mort au combat.

Cette même jeune femme qui, des années plus tard, me servit ce café dans un HLM de Bayonne, sans dire un mot à celui qui s’intéressait à son homme, à son Théo, à son éternel.

“J’ai frappé à la porte de chez moi, ma mère m’a ouvert, et, là, quand elle m’a vu, j’ai cru qu’elle allait mourir de surprise, j’ai failli la tuer”, racontait-il avec un immense sourire.

 

En 1995, suite à cette rencontre avec Théo, je le présentai à un journaliste de Sud Ouest, et à Christine Diger de la radio France Bleue Pays Basque, qui lui consacra par la suite un ouvrage, “Un automne pour Madrid : Histoire de Théo, combattant pour la liberté” (éditions Atlantica).

Depuis quelques années, Theo Francos avait accepté de paraitre lors de cérémonies officielles en Espagne, aux côtés de quelques Brigadistes Internationaux encore vivants.

Mais il avait refusé de l’Etat espagnol la remise d’une Légion d’honneur, et d’une pension militaire d’ancien officier. “Je suis peut-être idiot. Accepter une pension, d’accord, mais à condition qu’elle soit accordée à tous les combattants, pas seulement aux officiers.”

S’il existe, Dieu aura donc du attendre bien longtemps qu’il accepte de rendre les armes devant l’inéluctable destin des hommes. Nul doute que, en le voyant, Théo lui aura sûrement lancé un “No Pasaran” qui l’aura fait sourire une fois de plus.

Author: Ramuntxo Hicham

"Écriveur : personne qui aime écrire (vieux français, XVIIIè) - Familier : écrivain de deuxième catégorie" Sans chercher à trancher, choisir le temps libre ou le temps gagné comme autant de terrains de jeux d'écritures

30 thoughts on “THEO FRANCOS, ET SEULE LA MORT AURA VAINCU CE REPUBLICAIN BAYONNAIS [Regarde les Hommes Tomber #4]”

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  10. C’est un très bel hommage pour un homme bien.
    Il fait partie de ces belles personnes qui ont cru en un monde meilleur et ont lutté pour le réaliser. Quelle chance que vous vous soyez rencontrés, connus et reconnus.

    1. “la chance de le rencontrer”, oui, tout à fait d’accord avec toi, Murielle. Avec, au départ, un mot de sa main, avec ses pleins et ses déliés. Il faut écrire toujours. Puis savoir lire. Derrière sa colère apparente, il y avait un vrai message. “Je connais bien cette histoire, et je ne l’ai guère racontée”

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