Blog Ramuntxo Yallah

Un ressenti, ici, du côté de Bayonne, à partager tranquillement

LE CINEMA A L’ASSAUT DES VA-T’EN-GUERRE D’ISRAEL [The Gatekeepers de Dror Moreh]

Written By: Ramuntxo Yallah - jan• 27•13

Présenté au FIPA 2013 et reparti samedi soir avec une “simple” mention dans la section “Reportages”, The Gatekeepers du cinéaste israélien Dror Moreh est un documentaire absolument incroyable, un plaidoyer impensable pour une attitude autre que militaire d’Israël vis à vis du peuple palestinien.

Passé cela, on n’a rien dit ou presque, quand ce genre de propositions n’est pas rare sur un écran de télé ou de cinéma.

Mais je n’ai pas envie de finauder là-dessus, alors je me répète.

Un documentaire exceptionnel, travaillé par la patience du cinéma pour faire accoucher de l’improbable (l’absolutisme militaire) un message jamais entendu à ce niveau du pouvoir de l’Etat israélien, à destination de son peuple : plus que le Hamas, ou l’ex-OLP d’Arafat, plus encore que les menaces sordides de l’Iran, la logique guerrière d’Israël est le plus grand obstacle à la résolution du conflit qui l’oppose au peuple palestinien.

Une affirmation facile à porter “de l’extérieur” (par nous, par exemple, qui signons des dizaines de pétitions dans ce sens). Ou facile à entendre de la part du peuple palestinien et de ses dirigeants, ou de ses nombreux”refuzniks” israéliens qui s’y opposent depuis des décennies.

Dans The Gatekeepers, cette déclaration convergente, puissante parce que parfaitement argumentée, provient de la bouche de ceux-là même qui ont eu à porter cette logique guerrière, à savoir six anciens N°1 du Shin Beth, l’équivalent de la CIA en Israël.

Après avoir orchestré le contre-espionnage israélien, souvent au delà de la légalité (enlèvements, assassinats d’opposants arabes, bombardements ciblés), ces hommes ne se posent toujours pas de questions morales sur la forme de leurs actions, mais ne vivent pas en paix avec le fond même de cette politique, qui a visé à “réduire la masse critique” de leurs adversaires.

Pour chacun d’entre eux, le réalisateur  a consacré de 15 à 18h d’entretiens pour remonter chronologiquement l’histoire du pays, abordant la traque de l’OLP et du Hamas, les deux Intifadas, mais également la menace intérieure d’une ultra-droite religieuse qui fera basculer ces deux pays dans un chaos durable après l’assassinat du Premier Ministre Yitzhak Rabin.

Patiemment, sans rendre visible le dispositif lui ayant permis de gagner la confiance, ou plutôt les confidences, de ces maitres d’armes, Dror Moreh parvient à les faire douter de leurs vérités, quand est posée la question du bénéfice de ces années de sang versé.

Les réponses qui arrivent vous cloue littéralement à votre fauteuil, avec la certitude que “la tragédie du débat public sur la sécurité est que nous ne comprenons pas que nous sommes dans une situation frustrante où nous gagnons chaque bataille, mais nous perdons la guerre. ” (Ami Ayalon, patron du Shin Bet de 1996 à 2000).

Et de compléter : “Nous sommes devenus cruels envers nous-mêmes mais surtout envers la population que nous contrôlons sous prétexte de lutter contre le terrorisme“.

Remis en cause,  le principe même de la loi du talion, devenue une oppression “noire et sans destin“.

“On ne fait pas la paix avec des méthodes militaires. La paix se construit sur la confiance. Moi qui connaît bien les Palestiniens, je pense que ça ne devrait pas être difficile d’instaurer avec eux une véritable relation de confiance“, explique ainsi Avi Dichter, à la tête du Shin Beth de 2000 à 2005, tandis que les autres chefs de l’organisation raillent un quotidien israélien arbitraire qui ne porte qu’humiliation vers le peuple palestinien, et, avec lui, une impossibilité de dialogue, et de paix.

Entendre de la bouche d’un tel dirigeant que Avraham Shalom (Shin Beth, de 1980 à 1986) que “les premiers ministres d’Israël se sont succédés sans jamais prendre en considération le peuple palestinien, ni en deçà des frontières de 1967, ni au-delà” ne tient pas du miracle.

Mais du travail, et de la confiance dans le temps, face à une caméra.

Le spectaculaire est dans le verbe, et, s’il ne l’est pas trop à l’image, il est dans le hors-champ, dans la détermination du réalisateur à aller au-delà des discours et à toucher l’âme (même noircie) de ces hommes, pour qui le langage des armes n’a plus d’avenir.

On se reprend à penser à la colère d’Avi Mograbi dans son pamphet Pour un seul de mes deux yeux, sur la soif de sang de certaines franges extrémistes du peuple israélien.

En particulier à ce moment où le cinéaste n’écartait pas sa conviction d’homme, engueulant un jeune militaire israélien bloquant sous le soleil accablant une classe de petits palestiniens à un check point, sans aucune autre justification que son souhait d’humilier. Et sans réfléchir aux conséquences ultérieures de ces gamins dont les rêves se remplissent dès lors d’armes et d’attentats kamikazes.

On peut repenser au magnifique Mille et un jours de Frédéric Laffont, parcourant ce pays des deux côtés du mur de séparation pour y  récolter des paroles de paix d’un camp vers l’autre, et des versets d’amour.

Les cyniques penseront pouvoir jubiler, quand est observé l’effet immédiat quasi nul qu’a eu ce film, sorti le 23 décembre dernier dans les salles de cinéma israéliennes, à un mois des Présidentielles qui ont ré-installé Benyamin Betanyahou à la tête du pays, avec le soutien d’une extrême droite pas bien affaiblie.

Ce que disent ces hommes gagnera sur le long terme.

Dans une civilisation où s’impose la loi du plus fort, se rendre à l’ennemi est une défaite militaire.

Mais dans un monde où le respect de l’autre est considéré comme une exigence pour le respect de soi, se rendre à l’évidence est une victoire politique. Celle qui conduit à “une meilleure réalité politique“, conclut l’un d’eux.

Nommé aux Oscars dans la catégorie du Meilleur Documentaire, The Gatekeepers de Dror Moreh sera diffusé sur Arte le 5 mars prochain.

You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

2 Comments

  1. Eileen dit :

    Descargar imagenes d amor con oraciones bonitas dedícale
    estas oraciones y sorprende a esa muchacha que te hurto el corazón y conquista siendo mas
    romántico.

  2. Je ne pourrais pas m’abstenir de commenter.
    Extrêmement bien imagé!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>