CE FILM DE 1919 SUR BAYONNE, AUJOURD’HUI DISPARU

Cela aurait dû nous permettre de connaitre des images exceptionnelles de la ville de Bayonne, ce 18 novembre 1919, jour des festivités de la 1ère commémoration du retour cérémonial des poilus : un an auparavant, la nouvelle de l’armistice avait dû les surprendre (avec soulagement) dans les divers champs de batailles où ils étaient engagés, sans qu’ils n’aient pu (logiquement) être présents dans leurs villes respectives ce jour-là pour fêter ça.

On aurait peut-être pu lire sur leurs visages le bonheur d’en avoir fini, et, sans doute également, le manque de convictions d’avoir vu leurs vies balayées par un conflit mondial qu’ils n’avaient pas rêvé.

Et la balade visuelle aurait permis de découvrir également la cité labourdine sous un angle exceptionnel de par l’inexistence de représentations cinématographiques datant de cette époque.

Cela aurait pu. “Presque”. Cette copie de film, évoquée ici, n’existe plus.

Ses images se sont perdues dans ce que l’on appelle pieusement “la mélancolie des ruines du cinéma” : technique artistique créée pour fixer le temps, le paradoxe est que le support de la pellicule (de l’acétate de cellulose, en ces temps-là) était une matière extrêmement instable et sensible à la gangrène chimique, patiemment déterminée à la condamner aux limbes de l’oubli.

Cette “mélancolie” ressuscite donc le souvenir de cette boite de film trouvée en 1996 au Musée Basque de Bayonne, à l’époque d’une autre vie (au Cinéma l’Atalante), et portant inscription à l’encre déliée : “11 novembre 1919, Bayonne. Retour des soldats du front”.

Découverte pendant des recherches personnelles au sein de leurs archives, il avait fallu ouvrir le couvercle rouillé avec infiniment de précaution, pour y découvrir un rouleau de pellicule en 35 mm d’un métrage approximatif de 25 minutes, une première surprise, ouvrant de par sa durée la possibilité que l’œuvre soit conséquente.

Avant qu’un dépit certain nous saisisse, en voyant la bande agglutinée par des amas chimiques bien peu rassurants.

Après concertation avec la direction du Musée Basque, décision fut prise d’aller à la Cinémathèque de Toulouse, en train et avec la copie dans une glacière (du fait de sa nature hautement inflammable), pour une expertise de sa possible restauration.

“C’est trop tard, vous sentez cette odeur ? On appelle cela le syndrome du vinaigre, qui indique une corrosion extrêmement forte”, avait répondu leur technicien, “seules les services d’archives du Bois d’Arcy peuvent encore faire quelque chose, mais il faudra certainement leur dire que c’est le grand cinéaste soviétique Dziga Vertov qui a tourné ce film, sinon ils ne se presseront pas”.

Et de rajouter, comme une conclusion au parfum d’épitaphe : “Il y a encore 20 ans, on aurait pu sauver le film”, qui retrouva dès lors une place dans les réserves du Musée Basque, au côté de laquelle fut apposée le résumé de cette mésaventure.

Pourtant, dans ce combat singulier entre le film et son support, de nouvelles techniques apparurent depuis, qui permirent d’imaginer que la vie de ce film pourrait bénéficier d’opportunités différentes. Cela me motiva à reprendre les chemins des archives du Musée Basque de Bayonne, en novembre 2012, à l’occasion d’un stage de demandeur d’emploi.

C’est dès le premier matin du stage que j’appris que, “il n’y a pas très longtemps de cela”, la copie avait été envoyée à l’INA pour une nouvelle expertise, jugée négative pour sa restauration, avant qu’un accord soit pris conjointement pour sa destruction matérielle.

Cette histoire prend donc une tournure funeste à cet instant de mon récit, et j’en suis autant contrit que toi, lecteur.

Pourtant, il reste encore une infime possibilité que ce combat inégal ne soit pas perdu, puisque, si la piste Dziga Vertov est à écarter avec le sourire, il y a fort à parier que seule l’armée française ait pu tourner à l’époque ce film d’illustration, avec un tel “luxe” de moyens (25 minutes, de format 35 mm)

A l’occasion de ce centenaire que l’année 2014 investira puissamment, des institutions comme le Centre d’Archives Cinématographiques de l’Armée, à Vincennes, ou, également, l’ECPAD (Établissement de Communication et Production Audiovisuelle de la Défense), au Fort d’Ivry, pourraient bien être les lieux où tout a été rassemblé, et, sans injurier le hasard, il nous faudrait imaginer qu’une copie y ait été conservée.

Un “champ de bataille” qui n’a peut-être pas dit son dernier mot.

  RETOUR A L’ACCUEIL DU BLOG

Author: Ramuntxo Hicham

"Écriveur : personne qui aime écrire (vieux français, XVIIIè) - Familier : écrivain de deuxième catégorie" Sans chercher à trancher, choisir le temps libre ou le temps gagné comme autant de terrains de jeux d'écritures

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *