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PROCÈS PUYAU : LA JUSTICE FAIT TOMBER FERTILADOUR

Written By: Ramuntxo Yallah - mar• 04•14

“Fertiladour coupable”. Deux mots qui ont retenti ce mardi 4 mars 2014 à 14h dans l’enceinte du Tribunal de Bayonne, deux mots que la justice a mis 8 années à prononcer, mais deux mots qui ne semblaient pas aller de soi.

Du premier mot, “Fertiladour“, qui désigne un saccage environnemental et humain lié à l’ancienne usine de broyage d’engrais et de minerais à Boucau, dans le Port de Bayonne, tout avait été dit, mais souvent contre-dit (par le directeur de l’usine, le sinistre Henri Capdepuy ; par l’industriel, filiale de la multinationale Daniel Roullier, dont la fortune personnelle est estimée à 1,5 milliards d’euros à fin 2013 ; par les autorités portuaires de la CCI de Bayonne, et même jusqu’à certains directeurs de service de la Région Aquitaine – tous ces gens obscurs d’un “cabinet noir” étant encore en place malgré leurs aveuglements ordonnés).

Mais le deuxième, “coupable”, n’avait été que murmuré par ceux qui en furent les victimes nombreuses, que cela soit en termes de conditions de travail épouvantables (affections pulmonaires liées à la silicose, expositions à une radioactivité dantesque de 1970 à 1997) ou en raison des nombreux accidents de travail qu’ils eurent à déplorer, dans une usine où la qualité de production ne s’est jamais embarrassée des conditions de cette fabrication.

C’est dans cette deuxième catégorie qu’il faut ranger la famille Puyau ainsi que le malheureux Fabrice Troupel qui, le 9 avril 2006, entendit le dernier souffle de son collègue Gérard Puyau.

Un deuil impossible et un handicap à vie semblaient être les deux seules conclusions possibles de cette double tragédie humaine qui était tout sauf imprévisible, comme a tenté de le faire croire la défense cynique de l’industriel le 28 janvier dernier, face à une justice qui avait pris le temps, puis sa place, dans cette histoire.

Le Ministère Public avait demandé 12 mois de prison avec sursis et 100.000 euros d’amendes : en durcissant le verdict à 12 mois de prison dont 9 mois avec sursis (soit 3 mois ferme), une amende de 100.000 euros, le remboursement des frais de justice à hauteur de 2.000 euros pour les deux parties civiles, et l’obligation pour l’industriel de placarder pendant deux mois sur les murs de sa honte la copie du jugement, le président de l’audience correctionnelle, Laurent Tignol, n’a pas seulement démontré qu’un accident mortel du travail (ou handicapant à vie) n’était pas un malheur anodin.

Il a également permis à la famille Puyau de commencer un deuil plus apaisé, et à Fabrice Troupel de tenter de reconstruire sa vie avec moins de colère en lui.

En rendant cette décision de justice (que l’industriel ne devrait pas contester en appel au vu de la rareté d’une sentence plus lourde qu’un réquisitoire), Laurent Tignol a aussi envoyé implicitement un message d’une clarté éblouissante : les mots “Fertiladour” et “coupable” peuvent donc trouver une place conjointe dans la même phrase.

Tous ceux qui se sont sentis victimes de ces crapules industrielles, tous ceux qui ont perdu un mari, un père, ou le grand-père de leurs enfants, doivent l’entendre maintenant : cette décision de justice ouvre la voie de la fin du sentiment d’impunité du groupe.

Elle ouvrira également les débats sur le devenir du site, fortement contaminé par de la radioactivité : en janvier 2000, le préfet des Pyrénées Atlantiques donnait 3 mois à l’industriel pour “faire le nécessaire”. Le compte n’y est toujours pas. Nous, oui. Et on ne quittera pas notre place dans ce chemin de la vérité.

Comité de soutien aux Victimes de Fertiladour : www.fetidadour.com

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One Comment

  1. Comme souvent, le post est impécable. Bravo

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