Blog Ramuntxo Yallah

Un ressenti, ici, du côté de Bayonne, à partager tranquillement

FERTILADOUR : APRES LE DOC, LE LIVRE

Written By: Ramuntxo Yallah - avr• 22•13

Le titre de l’ouvrage reprendra une formule goguenarde d’Henri Capdepuy, le directeur de l’ancienne usine FERTILADOUR du Boucau, dans le Port de Bayonne, entendue lors d’une conférence de presse en avril 2009.

Il présentait le potentiel de rachat par la Région Aquitaine de ces 7 hectares au bord de l’Adour qui avaient hébergé principalement une fabrication d’engrais pour la multinationale bretonne Roullier (33ème plus grande fortune de France).

Son sourire devant les journalistes, et cette phrase, combattue durant près de quatre ans d’investigations : “de toute façon, nous, on va abandonner le site“.

Aujourd’hui, et à l’époque déjà, le mot Fertiladour ne peut être celui d’une remarque amusante. Il se doit de rester accolé à trois mots : scandale environnemental et humain.

De 1973 à 1992, comme le dénonça le CADE dès 1997, cette usine broya des terres rares radioactives, pour la plus grande fortune de ses dirigeants, pour eux uniquement. Le thorium qui a putréfié la terre n’a pas pris de congés à ce jour, et n’a pas “abandonné le site“.

A Fertiladour, seuls ont été abandonnés ceux qui en furent les damnés, masques de peintre sur le visage pour réduire les effets dantesques de la radioactivité et de la poussière.

Ces hommes ont fait partie de la même casse. Des déchets. Des choses déchues. Déchues de leur utilité première. Rétrogradées de leur statut humain. Non ré-exploitables. Jetés.

Henri, Roland, mes deux premiers témoins. Comme eux, certains d’entre eux sont partis, la rage toujours présente dans le dernier battement de leurs cœurs.

D’autres souffrent encore et se taisent pour la plupart, quand les terres n’ont que le choix du silence. Et le choix d’une condamnation à mort. Pour l’éternité ou presque.

Il y a une semaine, l’initiative de la municipalité du Boucau d’inviter publiquement Capdepuy et un représentant du groupe industriel m’a convaincu que ces 250 pages écrites entre 2010 et fin 2011 devaient sortir de mon tiroir dans lequel je les avais rangées.

Par lassitude, essentiellement, après quatre années plongées dans le noir et la douleur de ce dossier.

Mais surtout parce qu’il me semblait que la mise en cause de l’industriel était une logique irréversible.

Avec d’autres représentants du Comité de soutien aux victimes de Fertiladour, nous avons pu mesurer le rouleau compresseur de l’anéantissement des paroles et des faits, autant par les anciens dirigeants de Fertiladour que par les représentants, renouvelés, des services de l’Etat.

Les mêmes expressions de retour. “Des zones susceptibles de faire l’objet de pollution par des terres naturellement radioactives“. Et la même optique, celle de trouver une Meilleure Technique Disponible, au regard du “bilan coûts/avantages” qui permettra à l’industriel de dépolluer au minimum, et de revendre au maximum.

Fertiladour n’est et ne sera pas une opportunité économique tant que la vérité ne sera pas apportée sur les conditions d’exploitation de ce cauchemar de la terre, et des hommes qui l’ont foulée.

C’est un fait, que l’industriel n’a pas eu besoin de protester, pour l’instant, face à la moindre instruction de la justice. La responsabilité pénale de la société n’a pas été examinée. Le groupe respire. Pas ses salariés.

Fin 2011, mon documentaire DANS LE PORT ON NOUS DIT QUE TOUT EST BON, fruit de deux ans d’investigations caméra à la main, a participé de l’effort de quelques uns pour arrêter une transaction de 6 millions d’euros entre le groupe et le Conseil Régional, propriétaire de la zone portuaire.

Je l’ai mis en ligne sur Youtube, découpé en 5 chapitres :

  • NÉGATIONS OFFICIELLES
  • SCANDALE ENVIRONNEMENTAL
  • L’ACIÉRIE ADA
  • LES VICTIMES DE FERTILADOUR
  • EPILOGUE ET COMITE DE SOUTIEN

Le lien pour visionner ce doc est ICI.

A ce travail de l’image sera donc adjoint celui des mots.

Pas ceux d’un journaliste, comme publiés régulièrement sur le site de mon travail précédent, l’interface eitb.com/fr.

Mais ceux d’un écrivain.

Le sujet est le même, mais pas les mots, qui ne sont pas tenus simplement de communiquer. Mais de transmettre. De chuchoter, de marteler, ou de hurler.

Une autre responsabilité, donc, endossée à la première personne du singulier.

Un choix débarrassé de tout narcissisme, mais motivé par l’emploi de mon prénom pour nommer la commission interne du groupe à Paris, réunie à partir de mai 2011 pour “traiter mon cas“.

Une source interne inattendue m’avait prévenu.

L’idée de ce comité est : quelle somme fera craquer le journaliste basque et s’il refuse, que peut on trouver sur sa vie (péchés, déviances, …) en faisant confiance à nos amis des RG

Et y répondirent présents :

Henri Boyer : Président du directoire du Groupe
Henri Capdupuy : ex directeur site de Boucau/Tarnos
Dario Giannerini  : Directeur assurances et surtout contact avec les RG et les anciens des forces spéciales (Agence Spotter).
Hubert de Deville (l’homme de confiance de H Boyer, ancien DG de Interfertil et de Reno, c’est lui qui a les “dossiers” que tu cherches).
Jean Philippe Carrière : directeur juridique du groupe“.

Ce livre à paraitre reviendra sur le hors champ du doc, sur les informations non filmées, sur l’attitude des représentants de l’Etat, et sur certains documents récupérés depuis.

Il sera porté par la nécessité de faire ressentir ce qui doit être raconté, comme des histoires éloignées, mais sans rester lointaines. Rendre sensible ces personnes, ce sang, ces morts innocents comme quelque chose qui appartient à la chair du monde.

Pour impliquer chacun dans l’histoire qu’il est en train de lire. Et faire de cette histoire son histoire.

Le livre sortira en septembre, chez un éditeur déjà approché, ou à compte d’auteur.

Ci-dessous, les premières pages…

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7 Comments

  1. nude dit :

    I was wondering if you ever thought of changing the structure of your
    blog? Its very well written; I love what youve got to say.
    But maybe you could a little more in the way of content so people could connect with it better.
    Youve got an awful lot of text for only having one or 2 images.

    Maybe you could space it out better?

  2. MACCHI dit :

    Bonjour,
    J’ai visionné votre très bon documentaire, et aimerais d’une part acheter votre livre, d’autre part vous rencontrer. J’ai un projet de spectacle sur l’affaire Fertiladour, et aimerais beaucoup en parler avec vous, qui connaissez bien mieux que moi tous les rouages de l’affaire.

    Bien cordialement

  3. Documentaire dit :

    of course like your web-site but you need to check the
    spelling on several of your posts. Many of them
    are rife with spelling issues and I find it very troublesome to inform the truth on the other hand I’ll definitely come again again.

  4. LeLapin dit :

    Ce n’est pas de l’humanité, c’est de la simple éthique journalistique. Ramuntxo fait partie des rares (et souvent écartés) vrais professionnels pour qui la surface des choses n’est pas forcément représentative de leur réalité, et qui font leur travail, avec passion (et dans ce cas compétences), afin d’informer sur la vérité toute nue.
    C’est vrai qu’il a beaucoup d’humanité en plus, ça se voit tout de suite. ;)

    En tous cas bravo pour son film sur Fertiladour, que j’ai découvert hier au Théâtre du Casino de Biarritz. ET je suis impatient d’avoir le livre en mais (ou sur écran, j’espère que son éditeur a prévu d’entrée la version eBook, sinon de nos jours il va rater du public.

    Et si je peux glisser une suggestion perso, étant familialement et parfois professionnellement sensibilisé à la chose, je suggère la version audio-book pour que mal/non-voyants puissent aussi en profiter. :)

  5. Picot dit :

    Bravo!
    Il est rassurant de constater que certains humains ont encore en eux une dose d’humanité leur permettant de poser les bonnes questions.
    Merci pour ce que vous faites, pour nous, pour nos enfants, pour l’humanité plus forte que le dieu dollar.
    Bon courage et encore bravo.

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