CET HOMME ASSIS, MON PERE [Regarde les Hommes Tomber #18]

Je me souviens ne pas avoir versé la moindre larme à la mort de mon père.

Aussi brutale fut-elle…

Je pris ma place dans la lignée de ces étrangers insensibles que décrivit Camus. Moi qui, depuis très jeune, ne l’appelait plus “papa” ou “aita”.

De cet homme qui levait les poings devant la chair de sa chair et baissait les yeux devant celle que l’état civil désignait comme ma mère, il me reste quelques images, rares, parce que capables de m’émouvoir. Un instant, un instant seulement…

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“JE NE SAIS PAS” [Regarde les Hommes Tomber #17]

Il pensait bien qu’elle serait là, qu’elle guetterait son arrivée dans l’immeuble, et sa demande ne l’avait pas surpris.

Il la regarda, elle qui portait sa solitude comme le poids de trop désormais, elle qui ne comprendrait comment quelqu’un comme lui, avec une solitude comparable, pourrait ne pas la prendre dans ses bras aujourd’hui. Pour ce dernier jour.

Mais il garda ses mains dans ses poches, et marmonna un “Je ne sais pas…” comme seuls mots, avant de passer devant elle, et de reprendre sa marche vers les étages supérieurs.

L’information avait secoué tout le monde (l’expression sonnait enfin juste), et avait généré une modification radicale des rapports humains qu’il n’avait pas forcément envie de partager.

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The Beta Band – #B+A [Dans le casque]

Retrouvé sur un blog ami (merci, Murielle), ces Écossais se sont fait un nom aussi rapidement que brièvement, trois albums ayant convaincu les membres de ce groupe pop de se lancer dans des aventures solos perdues parmi tant d’autres.

Si un titre  comme Dry The Rain (une prière commune à tous les Ecossais) a été immortalisé par la suite dans le film High Fidelity de Stephen Frears, ce morceau-ci, que l’on ne peut accuser d’être impossible à mémoriser, est un long instrumental propre à vous faire oublier que la nuit est tombée, depuis longtemps, à vous faire oublier la fatigue qui ralentit votre voix et vous transforme en crapaud aux yeux cernés de couleurs incertaines.

Les quelques sons de voix entendus dans ce B+A vous ramèneraient presque à ces murmures entendus chez un autre oiseau nocturne, Keith Jarret, dans son envoûtant Live in Köln.

Ce n’est pas sérieux, mais vous le cherchez et le retrouvez, vous repartez pour une heure d’écoute en plus.

Vous vous maudirez après avoir dormi correctement, mais pas avant d’avoir fait play it again sur votre lecteur…

Plus tard, plus tard…

“ET T’ECRIRE DES POEMES”, TRAGEDIE INABOUTIE DE LA FOLIE SOLITAIRE [ABSENCE]

D’où vient ce sentiment de ne pas avoir suffisamment vibré ce vendredi soir au Théâtre de Bayonne devant ABSENCE de la compagnie Dos à Deux ?

Dans un huis-clos apocalyptique et futuriste, un homme seul livre son quotidien au regard des spectateurs, entre chasses aux rats qui tombent dans ses pièges et attente de cette goutte d’eau vitale qui lui permet, comme un antidote, de résister à l’air pestilentiel de l’extérieur.

Que cela soit pour lui, ou pour son poisson rouge, unique compagnie aimée d’une existence solitaire où le but de la vie est d’échapper à l’ennui, et à la folie.

Seul. Il est seul, ou presque.

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Yellowtail feat Jose James – #Kings & Queens [Dans le casque]

Un son jazzy qui surprend un matin pluvieux, Nova sans doute, avec une intro très cinématographique, piano et contrebasse en devant de scène… Puis la voix chaude d’un gars, José James, qui m’était totalement inconnu, dont il est écrit dans un article sur Le Monde. fr qu’il a “bien fait de signer chez Blue Note depuis 2011 pour trouver sa voix”, soit après un morceau comme celui-ci…

Et moi je scotche, je devais rêver de princes et de princesses, je ne sais plus, et celui-ci qui croit encore aux rois et aux reines…

La pluie devrait pouvoir s’arrêter de pleuvoir, “le futur se chante” répète-t-il, mon immédiat devrait pouvoir chantonner, alors…

Avec une note de bleu en tête…

ROMPRE LA GLACE [Regarde les hommes tomber #16]

Il rentre dans le restaurant, une femme élégante à son bras. Sourit aux tenanciers, qu’il semble connaitre de longue date, et obtient une table un peu à l’écart, dans cet établissement où le premier service du soir a convaincu une douzaine de personnes que leurs frigos ne seraient pas assez séduisants pour les écarter de cette idée formulée un peu plus tôt dans la journée : aller manger “dehors”.

Ce “dehors” est pluvieux, sans être suffisamment abondant pour être parvenu à détremper leurs habits de quadras visiblement installés socialement, ni leurs mines réjouies par ces retrouvailles maintes fois repoussées.

Un apéritif, un plat unique, on verra pour le dessert.

Une demie-bouteille de vin recommandé par le patron, elle ne boit pas beaucoup, et lui modère sa consommation.

La discussion semble agréable, elle sourit à ses boutades, et lui écoute avec attention ces souvenirs relatés qui ne sont pas les siens.

A coté d’eux, un homme mange seul, un livre devant lui, feuilleté entre les plats.

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L’ANUS DIVIN, ET LES SEINS DE MA COIFFEUSE

Ne pas laisser le moindre doute quant à l’intention de parjure de cet article : quelle ampleur l’homophobie d’une (bonne) partie de l’Eglise aurait-elle prise, si le Christ n’avait pas été crucifié, mais empalé !

Ceci posé comme une pâquerette sur le chemin guilleret vers le bûcher de l’Inquisition, les évènements récents liés au débat sur le mariage homosexuel ont rassemblé tant d’opposants sur le macadam qu’il est impossible de ne pas ressentir un vent glacial dans ce sens de la vie qui nous informe sur notre civilisation.

Quasiment autant de manifestants dans une position que dans l’autre (se renvoyant quelque peu “cul à cul”), et un pouvoir politique qui livre un tracé un peu zigzaguant, mais finalement lisible : celui de ne ne pas laisser aux tenants d’une Religion “naturelle” le droit de nous maintenir dans un combat d’arrière-garde.

Où les voies du Seigneur devraient rester impénétrables, surtout celle qu’aucune représentation (de dos) du Vieux Divin n’a permis de mettre en lumière.

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BJÖRK, SANS ABANDONNER LE SOUFFLE A LA PESANTEUR [Regarde les Hommes Tomber #15]

Le titre “Broken” de Bjork pourrait se contenter d’être lumineux…

Co-écrit avec le guitariste flamenco Raimundo Amador en 1997, cette vibrante tectonique entre la poésie islandaise et le duende du Sud ne figure sur aucun album de la chanteuse (à l’exception d’un obscur import japonais). Et elle ne l’a pas interprétée à l’envi sur les scènes dont elle fut l’invitée dans le monde entier.

Elle le répète, et on n’y ferait presque pas attention tant la puissance de son cri est un souffle impressionnant, “my heart is so broken”.

Et il faudrait se rappeler. On ne chante pas “my heart is so broken” sans laisser des gouttes de sang sur des touches de piano, ou sur les cordes d’une guitare. Pas “impunément”.

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