La cigogne a déposé Safy Nebbou ici, à Bayonne, il y a une quarantaine d’année, petit gamin sans doute pressé de se faire un nom là où le sien devait passer pour un surnom. Les planches du théâtre l’attirent à l’âge où, habituellement, les bancs de l’école nous suffisent : première étape significative d’une vie où il est le « jeune acteur », puis le « jeune metteur en scène », puis le « jeune réalisateur » avec son premier long-métrage « Le cou de la girafe ».
Un réflexe de petits pas, les uns après les autres : « L’empreinte de l’ange », qui sort dans les salles le 13 août, éclaire remarquablement un parcours d’auteur rare. Entre la tournée de promotion qui le ramène sur ses terres, au Royal de Biarritz ce soir, et la préparation de deux nouveaux longs-métrages, petite pause face à la mer.
Safy Nebbou... bout de ficelle...
C’est au Théâtre des Chimères qu’il se risque à interpréter puis à mettre en scène ses premiers récits, mais c’est le cinéma qui semble lui donner le plus de champ libre. Son parcours d’auteur ressemble à ce jeu du marabout, où les fins de mots deviennent le début du mot suivant. En 2003, il tourne un court « Lepokoa » (l’écharpe), tiré du mot basque « Lepoa » - le cou -, puis sort son premier long métrage « le Cou de la Girafe ». L’histoire d’une gamine qui tire son grand-père du sommeil troublé du renoncement, et qui ne tard pas à comprendre qu’elle va le sauver. Comme un petit ange. D’ailleurs son grand-père l’appelle ainsi : «Mon ange ». Son nouveau film en a donc gardé une trace, une « empreinte », il ne l’a pas conçu comme ça, mais il pourra l’admettre. Concevoir qu’il ne filme que ce qu’il connaît, « de toute façon, pour pouvoir raconter des histoires, il faut les vivre ».
Des torrents d'amour
Pour lui qui reste persuadé que « nous sommes aujourd'hui des enfants d'hier", les personnages de ses films sont des petites gamines hésitantes, des femmes troublées. Quand il sera « grand », il prendra le risque de demander à un acteur d’incarner pour une fois ces histoires qu’il connaît et que le cinéma lui permet de remodeler avec moins de douleur. En cachant ses propres histoires dans celles des autres, il révèle un côté John Cassavettes, dans sa façon de cerner les faiblesses de notre époque, puis de dérouler doucement un récit touchant, entre doutes et solitude.