Safy Nebbou sera présent ce soir au Cinéma le Royal de Biarritz pour la présentation de son nouveau film, "L'empreinte de l'ange".

samedi précédent
samedi 5 juillet 2008
UN HOMME SOUS INFLUENCE

La cigogne a déposé Safy Nebbou ici, à Bayonne, il y a une quarantaine d’année, petit gamin sans doute pressé de se faire un nom là où le sien devait passer pour un surnom. Les planches du théâtre l’attirent à l’âge où, habituellement, les bancs de l’école nous suffisent : première étape significative d’une vie où il est le « jeune acteur », puis le « jeune metteur en scène », puis le « jeune réalisateur » avec son premier long-métrage « Le cou de la girafe ».
Un réflexe de petits pas, les uns après les autres : « L’empreinte de l’ange », qui sort dans les salles le 13 août, éclaire remarquablement un parcours d’auteur rare. Entre la tournée de promotion qui le ramène sur ses terres, au Royal de Biarritz ce soir, et la préparation de deux nouveaux longs-métrages, petite pause face à la mer.

Safy Nebbou... bout de ficelle...
C’est au Théâtre des Chimères qu’il se risque à interpréter puis à mettre en scène ses premiers récits, mais c’est le cinéma qui semble lui donner le plus de champ libre. Son parcours d’auteur ressemble à ce jeu du marabout, où les fins de mots deviennent le début du mot suivant. En 2003, il tourne un court « Lepokoa » (l’écharpe), tiré du mot basque « Lepoa » - le cou -, puis sort son premier long métrage « le Cou de la Girafe ». L’histoire d’une gamine qui tire son grand-père du sommeil troublé du renoncement, et qui ne tard pas à comprendre qu’elle va le sauver. Comme un petit ange. D’ailleurs son grand-père l’appelle ainsi : «Mon ange ». Son nouveau film en a donc gardé une trace, une « empreinte », il ne l’a pas conçu comme ça, mais il pourra l’admettre. Concevoir qu’il ne filme que ce qu’il connaît, « de toute façon, pour pouvoir raconter des histoires, il faut les vivre ».

Des torrents d'amour
Pour lui qui reste persuadé que « nous sommes aujourd'hui des enfants d'hier", les personnages de ses films sont des petites gamines hésitantes, des femmes troublées. Quand il sera « grand », il prendra le risque de demander à un acteur d’incarner pour une fois ces histoires qu’il connaît et que le cinéma lui permet de remodeler avec moins de douleur. En cachant ses propres histoires dans celles des autres, il révèle un côté John Cassavettes, dans sa façon de cerner les faiblesses de notre époque, puis de dérouler doucement un récit touchant, entre doutes et solitude.

Et puis il y aura peut-être ce nouveau projet qu’il cherche à concrétiser, la découverte d’un petit bouquin japonais où des adolescents se confrontent à la mort. Une journée au lit pour dévorer le bouquin et le refermer comme une évidence. Première rencontre avec la directrice de la maison d’édition, « je lui ai dit que, avant, j’avais fait un petit film », et ce projet lui semble possible aujourd’hui, même sans casting.
Dans un monde où les producteurs cinéma recherchent déjà des projets « dans le genre des Ch’tis », il y a quelque chose de rassurant à voir ce garçon écouter cette petite voix ténue lui soufflant à l’oreille que le cinéma est une chose bien merveilleuse si on accepte de se laisser aller vers l’inconnu : dans son premier court-métrage, « Bertzea », un vieux berger quittait femme et foyer pour s'enfoncer dans la montagne et la nuit.
Safy Nebbou est en route, sans même se douter que cette ombre qui l’accompagne identifie aujourd’hui un réalisateur que nous avons envie de suivre…

 

 

 

 

Le cœur de son nouveau film est là-dessus, le récit d’une femme qui perd peu à peu le contact avec la vie (Catherine Frot) : à une fête d’enfants, elle croise le regard d’une fillette qui pourrait être la sienne, si le malheur ne lui avait retiré à la maternité ce petit bout d’ange dont elle n’a gardé que l’empreinte. Entre obsession et risque de folie, sa route prend un détour que devra lui contester la mère de la fillette, interprétée par Sandrine Bonnaire. S'engage alors un face à face entre deux femmes qui n'auraient jamais dû se rencontrer... Même si les spectateurs en seront ravis.

Sur les ailes du désir
Aux premières projections de presse auxquelles il s’est rendu, anxieux, il s’est entendu dire qu’il avait su faire un « grand film qui donne un grand rôle à une femme », un compliment qui lui rappelle qu’il aurait dû dédier ce film à Gena Rowlands.
Des actrices renommées l’appellent, « j’aime bien les jeunes réalisateurs comme vous », il a repoussé l’adaptation d’un polar de Fredric Brown, « j’ai arrêté parce que je repartais dans mes histoires », et se prépare à une parenthèse qui l’enchante : son prochain film « Signé Dumas » réunira Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde. Il y aura également une actrice, évidemment, il en parle en souriant, les yeux étincelants : « tristesse sans fin des films sans femmes » disait Truffaut, et nouveau sourire.