Sa journée commence à 6h30 et ne devrait pas se terminer avant 20h. Il fait penser à un pompier, tant ses déplacements et ses gestes ne doivent plus grand chose au hasard : surveiller la cuisson, optimiser la proximité des boites de conserves vides ou des bocaux avec les marmites fumantes, appréhender la qualité des légumes achetés à son négociant de Bordeaux, examiner les viandes provenant du département ou des Landes chez de petits producteurs. Avec, en tête, la « bible » de toutes les préparations, patiemment conçues il y a une quarantaine d’années par sa mère, puis travaillées en famille.
A 19 ans, Franck lâche sa formation de menuiserie, traîne du côté des autoclaves de stérilisation, et décide à son tour de travailler dans cette conserverie où les bocaux portent le nom de sa mère, Anne Rozès.
Conserver le goût, mais également l'esprit de départ
Vingt ans ont passé, la conserverie familiale a gardé son cœur de produits, légumes et plats cuisinés, tout en étant parvenue à résoudre la question complexe de la demande des grandes surfaces. « Franck a réussi cette transition difficile. Il n’a rien lâché. Et aujourd’hui, de ces années où nous étions quelques uns à commencer ce métier, nous sommes peut-être les derniers », confie sa mère. L’époque nous condamnerait à préserver notre pouvoir d’achat en insultant nos palais : sur ce côteau des hauts de Lahonce, on a trouvé une autre réponse.
L'approximation est malvenue
La diversité des produits correspond à une logique culturelle locale, tout en gardant à l’esprit que son prix de vente ne peut insulter une période économique difficile pour beaucoup.
Chaque geste, de la cuisson à l’empaquetage, a été isolé, chronométré, puis quantifié : c’est le seul moyen de vérifier la cohérence du processus de fabrication, mais également l’exactitude du prix de revient. « Avant cela, on avait démarré quelques produits avant de se rendre compte que l’on perdait 1 franc à chaque fois que nous le vendions ».
Avec un total annuel de 355.000 conserves réalisées, toutes les virgules comptent effectivement. Cette épée de Damoclès ne le quitte pas.