Ce week-end, le 2ème Baionan Bar Fest prend ses aises dans un Petit-Bayonne vilipendé, ce qui fera de toute façon plus de bruit que la mise en sourdine de tous les effets d’annonces sur le renforcement de la culture à Bayonne.

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samedi 13 février 2010

SHOW DEVANT,
FROID DERRIERE

Sans doute est-ce les doigts légèrement frigorifiés que beaucoup ont pris connaissance ces jours-ci dans la presse locale de l’annonce des futurs concerts de l’été, ce qui est très attendu (l’été, surtout).
Ainsi donc, Bayonne bombe un peu le torse, après avoir froncé les sourcils quelques jours plus tôt, par l’annonce de la fin de la récré pour les nuisances sonores des bars, et les comportements d’incivilité qui s’y rattacheraient. Alors que se déroule ce week-end le 2ème Baionan Bar Fest dans le quartier incriminé, il peut être utile de se demander pourquoi, à Bayonne, la jeunesse préfère s’empiffrer le cornet au lieu de se précipiter vers toutes les propositions culturelles qui lui sont faites, ou plus exactement, qui lui ont été promises.
Le programme dévoilé cette semaine par Bayonne a de la gueule, celle de Jean Grenet en particulier, le maire de Bayonne l’ayant présenté comme "la plus riche programmation vue dans les arènes".
Effectivement, les noms claquent pour tous les amateurs de tubes radiophoniques, l’accent étant ostensiblement porté sur la notoriété des artistes invités, à qui l’on souhaite de passer une belle soirée ensoleillée au Pays basque, le projet de couverture des arènes étant officiellement mort et enterré.
Celui d’un Zénith bayonnais, par contre, peine à s’éclipser, après avoir été promis en 2004, abandonné en 2006, puis remis au jour lors de la campagne des Municipales de 2008 par le candidat Grenet Jean. Un rapide coup d’œil sur la liste des concerts proposés montre de fait que, s’il n’est pas construit aujourd’hui, il constitue l’arrière-pensée de la Ville, avec, dans le désordre, ZZ Top (au Zénith de Paris le 10 juillet prochain) ; Mika (Zénith de Strasbourg le 3 mai) ; Roberto Alagna (Zénith de Rouen le 12 mai) ; M (Zénith de Nancy le 7 mai) ; Christophe Maé (Zénith de Paris en juin), l’inénarrable RFM party 80 (au Zénith de Dijon le 7 octobre).

La promesse de consolider la Ruée au Jazz est désormais caduque, Biarritz ayant fait le nécessaire avec son Jazz Festival d’août prochain pour qu’on n’ait plus à y revenir.
Et l’arrêt de la rock-school d’Ebaki devrait également nous priver pour de longues années encore de voir un Bayonnais triompher aux Victoires de la Musique.
Une Ville ne s’administre pas par la culture, mais par des principes de réalité auxquels elle n’a droit que par intermittence, comme ses musiciens.
Elle véhicule par contre une image, et celle de Bayonne, bleu et blanc une fois par semaine, est liée à celle de ses innombrables bars, le bruit les odeurs offerts avec la tournée.
Les accents que l’on y entendra cette nuit devraient être métalliques, torturés par l’électricité des amplis. Pour ce 2ème Baionan Bar Fest, totalement gratuit, les groupes invités – passablement inconnus - viennent de Bordeaux, de Toulouse, de Nantes, soit les plaques d’immatriculation identifiées par Jean Grenet pour désigner ceux qui refusent de "foutre la paix" aux habitants du Petit-Bayonne.

Et les tarifs, qui s’étaleront de 39 à 75 euros selon le spectacle et le placement, donnent déjà une idée précise de l’accessibilité à cette offre.
Peut-on accepter d’entendre pour autant, de la part du Maire, que "on ne peut pas dire que notre ville est un désert culturel, même si on l'entend et le lit parfois" (zut, cela fera une fois de plus…) ?
Le terme est effectivement inapproprié, au regard des nombreuses propositions accessibles soutenues tout au long de l’année par la municipalité.
Mais cela n’est absolument pas suffisant.
Ce n’est pas un avis personnel, mais bien le constat du candidat Grenet Jean qui entendait – en mars 2008 – faire enfin de Bayonne une "capitale culturelle" qui n’aurait pas à rougir de son voisin biarrot.
Ainsi, s’il n’a plus été question à cette période de ce Kafe Antzoki annoncé en 2002, la liste des projets à réaliser dans ce mandat-ci, outre celui d’un Zénith, confinait au Shangri-la, avec - vous êtes prêt ? - : des Assises de la Culture en 2009 ; la gratuité du Musée Bonnat et du Musée Basque ; le transfert du Carré Bonnat sous le terre-plein de l'Echaugette ; la construction d'une cité des Arts pour y regrouper toutes les formes d'expression artistique, sur l'ancien domaine universitaire de Saint-Crouts, ainsi que la construire de la Fabrik, lieu de création contemporaine.
Le temps est passé, et depuis, il n’y a pas que le Pont Mayou qui se soit écroulé sous le passage des eaux de la Nive.
Ce week-end pourtant, dans ces bars sans subventions ni agrandissement de tribunes, s’y presseront et s’y mêleront également les Bayonnais, sevrés toute l’année des modestes concerts qu’ils attendent dans leur ville, sans compter sur le Chronobus ou une LGV pour les amener à l’extérieur de leurs remparts.