La retrouver au troquet près de la rédaction du Journal ; mettre à profit les quelques minutes de retard pour la repérer. Elle lève les yeux, sourit, elle s’appelle Christiane St-Paul, mais précise tout de suite : « Je suis officiellement Présidente mais je préfèrerai que l’on aborde la Table du Soir comme une équipe ».
Depuis quinze ans, les mots d’ordre de cette association bayonnaise n’ont guère changé : « si tu as faim, tu viens ». Comme d’autres avant elle qui avaient commencé par servir une soupe et un café du côté de la Citadelle, une soixantaine de bénévoles sert de novembre à mars un repas chaud à tous ceux qui en ont besoin. Sans discriminations ni autre règle que celle du respect qui, ici, est la seule monnaie d’échange acceptée.
Matières premières données trois fois par semaine par la Banque Alimentaire, et ensuite direction retour aux domiciles de ceux qui, à tour de rôle, préparent la soupe ou le plat chaud. « On fait la cuisine comme pour nous, et après, on l’amène à l’Algeco pour 18h30 ».
Sauf que leurs invités (terme revendiqué pour désigner leurs visiteurs du soir) s’y retrouvent de plus en plus nombreux : de soixante à quatre-vingt en moyenne cette année. Rendant visible au fil des ans cette galère qui gagne du terrain, notamment chez les sédentarisés, chez les retraités qui essaient de survivre avec 610 euros par mois à deux ; ces expressions du genre « ça va ? » qu’il faut apprendre à utiliser sans maladresse ; l’attente de la maraude de la Croix Rouge d’Anglet et du minibus d’Emmaüs qui permettront à une trentaine d’entre eux de passer la nuit au chaud.
Et c’est encore pour leurs invités qu’ils s’inquiètent de devoir les servir sur des bancs, une assiette sur les genoux puisqu’ils n’ont ni tables ni chaises, ou lorsque le vent glacial et la pluie s’engouffrent dans cet boite en fer blanc prêté par la municipalité.