Que cette couleur soit un symbole du Pays Basque, de son drapeau à son cidre, ne fait pourtant pas obligatoirement de la traduction en basque du mot "vert"
un synonyme de la sérénité à tout crin,
ces derniers mois nous l’ont largement démontré…

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samedi 18 juillet 2009

BERDE

 

Ces jours-ci n’y ont pas coupé, on l’aura encore beaucoup entendu, de la bouche des estivants écoeurés par la pluie de vendredi : "Ah, ça, on comprend pourquoi le Pays Basque est vert !". Une affirmation largement insuffisante, mais qu’il est inutile de contredire, ils sont déjà suffisamment fâchés comme ça.
Le vert reposant et serein, il serait plus facile de l’accepter si nos billets dans le porte-monnaie arboraient plus facilement cette teinte ! Las, les billets de 100 euros, tout comme les dollars, se sont fait rares, ou alors sont restés entre les mains de ceux qui les avaient déjà : pour ce 1er trimestre 2009, 48,5% des faux billets en circulation en Europe sont des coupures de 20 euros, un pourcentage en hausse cette année, nouveau baromètre éloquent de la crise.

Au Pays Basque, le "berde" a, certes, toute sa place dans le paysage, mais il aura même largement supplanté le « Rose », depuis les élections européennes du 7 juin dernier, avec une percée remarquée de la liste Europe Ecologie menée d’une part par José Bové pour la sensibilité "ekologista" et Menane pour Abertsaleen Batasuna.
Il faudra donc aller chercher du côté du mot "berdexka" pour traduire ce « vert pas bien mûr » qui accompagne désormais les professions de ces élus qui ont admis, résultat des urnes oblige, l’obligation d’en colorer leurs programmes.

Ce "berdexka" sert également à traduire un propos "un peu vert", c’est à dire teinté d’un côté obscène, porteur d’une certaine bassesse.
Au Pays Basque, par exemple, l’expression "une vulgaire opportunité commerciale" semble devoir se traduire par "nouvelles LGV entre Bordeaux et Irun". De nombreuses mains se dressent désormais pour demander pourquoi "l’accession au progrès" doit passer par 8 hectares de forêt détruits par kilomètre de rail, pourquoi une vallée doit devenir un pont aérien, et une colline se transformer en tunnel.

Alors c’est sans doute par attachement sentimental que, aux dernières nouvelles, le groupe industriel envisagerait de renoncer à vendre ces 7 hectares. Sans doute y ont-ils le projet d’y construire une maisonnette de retraite ou de vacances pour ses cadres dirigeants, dans les mêmes conditions imposées à leurs salariés : sans protection, sans masque, et riches de nombreux "ne vous inquiétez pas"…

Et ainsi va le mot "berde", s’acoquinant ici et là de nouvelles significations au gré de l’actualité et de l’histoire du Pays Basque : une obligation, un destin même, pour ce mot qui donne son origine à "berduratu", répandre, éparpiller. Une image d’Epinal du semeur et du germe virevoltant, passablement noircie par ce rituel basque écoeurant, où le chemin entre les maisons de deux amants adultères était autrefois recouvert d’herbe pour en informer tout le village.

De démonstrations foireuses en reculades politiques, les défenseurs du projet auront bien du mal à écarter de leurs discours la traduction en français du mot "berdin-arin", que l’on réserve habituellement à ces fruits qui ne seront jamais mûrs : il faudrait sans doute commencer par arrêter de les amener dans nos assiettes via cette longue file ininterrompue de camions, tout le monde s’accorde au moins sur ce point.

Pour qualifier l’un des dossiers les plus "souterrains" de ces derniers mois, celui des terres radioactives dissimulées de Fertiladour au Boucau, il faudrait ne pas écarter ce "berdats", ce "verdâtre douteux" que l’on retrouve dans les eaux troubles du Port de Bayonne et dont les poissons-poubelles se régalent ; ce vert couleur bile, dont le goût âcre n’a jamais quitté la gorge de tous ceux, du CADE à ZIP Adour, ou aujourd’hui Aloes-Boucau, qui ont estimé qu’il était impossible de ravaler leur salive et leurs efforts vis-à-vis de ce scandale environnemental.

Dix ans durant, ces terres enfouies ont végété, en jachère apparente, pour lesquelles le Directeur de l’usine, Mr Capdepuy, déclarait en février dernier  qu’elles lui semblaient "inappropriées" pour en faire des jardins.
Une reconversion de toute façon durement écartée par un vote du Conseil Régional d’Aquitaine, le 25 juin dernier, qui ne filera le chèque promis de 6 millions d’euros qu’en échange d’une étude indépendante, et enfin sérieuse, sur ce site de broyage de minerais.

O tempora o mores : le mot français "vertement" - dans le sens "avec le vert à l’esprit" - a écarté ce "berde" pour aller chercher du côté de "bizi-bizia", "la vie", son plus bel avenir sous forme d’un point d’exclamation : il fleurit aujourd’hui sur de nombreux frontispices politiques ou commerciaux qui ne jurent que par le retour aveuglé de la croissance.

Ce " ! ", souligné d’un "Bizi Copenhague", le rappellera sans relâche jusqu’à la Conférence mondiale sur le Climat dans la capitale danoise : le fond de l’air, comme les esprits, a tendance à s’échauffer, et ce n’est pas le mot "Xuri", le "blanc", qui s’aventurera à le contredire, la semaine prochaine...