Aller en touriste en Nouvelle Calédonie est un grand moment, tous ceux qui en sont revenus sont unanimes. Ceux qui y vivent ont parfois du mal à l’entendre ainsi…

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samedi 9 janvier 2010

SUR LE CAILLOU,
UNE RAGE SANS IMAGES

Une jolie photo de famille cet été à Noumea, où trônent au centre les deux représentants de la métropole française, Marie-Luce Penchard, secrétaire d’état à l’outre-mer, et Monsieur Kouchner, ministre des Affaires étrangères. Pas de photographies dehors, où tout le centre-ville était bouclé par les forces de l’ordre. Et la principale place de la ville interdite aux habitants.
Scènes ordinaires du "Caillou" et images officielles inexistantes, inappropriées sans doute, de ce collectif de soutien à 6 syndicalistes emprisonnés à des peines fermes depuis le 25 mai 2009 pour "entrave à la circulation d’un avion" lors d’une action de protestation sociale.
Embastillés serait même le terme le plus exact, quand la prison du "Camp Est" depuis laquelle ils clament leur rage est très officiellement considérée comme l’une des plus vétustes "de France".
Bernard Kouchner n’a pas souhaité rencontrer les représentants kanaks de ce 2ème syndicat du pays. Mais, ce jeudi, une délégation d’élus Europe Ecologie–Les Verts, menée par José Bové, y est venue réclamer devant le Tribunal correctionnel de Noumea l’application d’un même droit pour tous dans cet incroyable cas de figure, qui n’aurait jamais débouché sur une telle condamnation en métropole.
Réponse le 14 janvier…

"DES METHODES DE VOYOUS"
Pour l’Etat français, l’Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités (USTKE) est loin d’être inconnue, puisque ce syndicat a été à l’origine du rassemblement des organisations indépendantistes au sein du FLNKS, futur signataire des accords de Matignon de 1998.
Une organisation qui symbolise aujourd’hui la promesse de la métropole de relâcher le joug sur l’île avant 2018, les mains cachées dans le dos après la tuerie de la grotte d’Ouvea en 1988.
Véritable épine du pied dans la botte du pouvoir colonial, le syndicat fait l’objet de toutes les attentions de Nicolas Sarkozy, qui, en 2007, vire l’ancien Haut-Commissaire de l’île, jugé trop mou, et y envoie un proche de Christian Estrosi, pour redresser la situation, c’est-à-dire faire baisser la tête à ceux qui plantent leurs yeux sous les képis tricolores.

"LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE"
Ce mercredi, José Bové et les autres élus déclareront avoir été abasourdis par leur visite du bagne, avant d’aller, le lendemain, plaider pour la remise en liberté des syndicalistes.
Face au Président du tribunal, il expliquera avoir lui-même été condamné à deux reprises pour des actions de protestation similaires, "En 1992, j'ai empêché Lionel Jospin, alors ministre, d'atterrir sur le Larzac. J'ai eu 1.000 francs d'amende. En 1995, j'avais pénétré sur le tarmac à Tahiti lors de la reprise des essais nucléaires. J'ai été condamné mais dispensé de peine", a-t-il déclaré.
La remise en liberté est actuellement en délibéré pour quelques jours, dans une affaire où transpire le refus de Paris de voir son "bijou du Pacifique" lui échapper.

Yves Dassonville connaît bien "les voyous", qu’il a largement côtoyés en tant que directeur de cabinet de Gaston Flosse, en Polynésie française (mais qu’il n’aura pas accompagné en prison).

"LE RESPECT DE L’ORDRE REPUBLICAIN"
Dans un territoire caractérisé à la fois par une croissance économique supérieure à 4% annuelle, mais également par 25% de foyers calédoniens vivant en deçà du seuil de pauvreté relative (quatre fois plus qu’en métropole), la protestation sociale ne se nourrit plus de vagues promesses. Mais doit désormais apprendre à faire face aux escadrons de gendarmerie, systématiquement convoqués.
C’est un contentieux classique du travail qui mettra le feu aux poudres, avec une conférence de presse (sous étroite surveillance) du leader de l’USTKE, Gérard Jodar, sur l’aéroport de Nouméa, après qu’ait été obtenu l’abandon d’un licenciement disciplinaire contre une salariée.
Le rassemblement vire à l’affrontement, quand les militants sont chargés par la police. Après que 6 d’entre eux se soient réfugiés dans le cockpit d’un avion pour se protéger des matraques et autres lacrymos, ils sont arrêtés, puis condamnés de 6 à 12 mois de prison ferme pour "entrave à la libre circulation d’un aéronef".
Dès lors, la solidarité s’organise, même extrêmement "surveillée", le GIPN assiste désormais la gendarmerie, et bon nombre de syndicalistes sont arrêtés à leur tour, après des affrontements de plus en plus durs sur l’île.
Depuis sa cellule du "Camp Est", Gérard Jodar donne durant l’été une interview au journal Libération, et y dénonce les conditions impensables de cette prison vieille de plus d’un siècle, "nous sommes toujours dans une colonie et pas très loin de l’époque du bagne".
Sanction immédiate : son épouse sera dès lors interdite de parloir, la Ministre de la Justice lance tout de même un projet de 1,5 millions d’euros pour en rénover "les sanitaires, l’électricité et le mobilier".
Mais la tension ne baisse pas devant la prison de Nouméa, dont dix-huits Kanaks (97% de la population carcérale) se sont enfuis en 2009, la plupart du temps en perçant avec un outil les murs lépreux mangés de mousse.

Même à 20.000 kms de là, ce milliard d’euros injecté chaque année en Nouvelle Calédonie est largement rentabilisé par sa position stratégique dans le Pacifique, de ses résidences de rêve aux possibilités d’y pratiquer des essais nucléaires, sans même évoquer le cas d’extraction de nickel des montagnes kanakes, qu’Areva ne lâchera pas comme cela.

"TRIBUS USINES MEME COMBAT !"
L’USTKE, avec son nom comme un faux air de message SMS, n’attend pas de nous et du débat sur l’identité nationale de trouver une réponse à sa colère, et continue de déployer sur les places kanakes ses banderoles, où l’on peut lire "Tribus usines même combat !".

Ces images-là n’existent pas, si ce n’est via Internet (et leur site http://www.ustke.org/).

D’autres images, malheureusement, oui…

Cet hiver (l’été, là-bas), TF1 y a tourné le nouveau Koh Lanta, pendant 21 jours. De quoi s’exclamer l’été prochain : "C’est beau, tout de même, non ? Quand est-ce qu’on y va ?".