Ce mercredi soir à Biarritz se jouait une partie serrée sur le dossier de la LGV pour l’élu biarrot Max Brisson, qui n’a pas oublié qu’un train peut toujours en cacher un autre, tout au moins essayer de le dissimuler.

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samedi 06 février 2010

DESIRS D'AVENIR

Dans une de ces petites habitudes de "démotracie parcipipitative" de Biarritz se tenait ce mercredi soir une réunion de quartier "comme il s’en fait régulièrement dans tous les quartiers de la ville tout au long de l’année", annonce son instigateur, Max Brisson, déjà sur la défensive face aux 80 personnes qui ont largement pris toute la place du bar du Trinquet, à la Négresse.
Ce soir, l’annonce d’un moment d’écoute des riverains opposés à l’utilisation des voies ferroviaires pour la LGV, "des citoyens que l’on a pas entendus, ou alors pas avec suffisamment de force", n’est qu’en droite ligne de la liste UMP aux prochaines Régionales, et se présente comme particulièrement éloigné du mouvement déterminé de 15.000 manifestants opposés aux nouvelles voies LGV le 23 janvier dernier à Hendaye.
En entrant dans la salle, Max Brisson a la confirmation qu’il a fait un carton, avec malgré tout la crainte d’en constituer la cible. Devant lui, la tête de liste apolitique des opposants, Victor Pachon, assis calmement au premier rang.
La confrontation des idées peut-elle passer par l’absence de confrontations entre les hommes ? Deux heures et demi d’échanges, pour faire partager des visions bien opposées du même territoire.
Un match nul ne satisfera personne…

"ON N’EVITERA PAS LA REVOLUTION FERROVIAIRE DU 21EME SIECLE"
"Le sujet majeur de cette soirée est bien de respecter tous les points de vue, en les laissant s’exprimer de façon courtoise" lance le débat de façon imparfaite, l’arrière salle réclamant un peu plus de clarté quant à la mention "Max Brisson, Premier Adjoint de la Ville, Conseil Général" paraphée au bas du flyer d’invitation à cette réunion.
"C’est un élu républicain qui s’adresse à vous avec un point de vue personnel, il ne s’agit en rien d’une démarche politique en rapport avec les Régionales" fait monter les rires narquois, les "Mais non, mais non, héhéhé !", et annonce le début du match, avec un premier quart d’heure comme round d’observation.
"La voie existante, c’est pas la solution, c’est le problème", martèlera patiemment Max Brisson, un leitmotiv sans doute souligné au stabilo sur l’une des ses fiches anti-sèches

"Il n’y a rien d’illégitime pour un républicain à créer une association de riverains en faveur de nouvelles voies, association dont je ne serai pas le Président" tente l’élu biarrot.
Qu’en pense le même homme, élu au Conseil Général et donc devant à priori tenir compte de l’inquiétude de nombreuses autres communes ? "Les nouvelles voies ne passent pas dans le canton sur lequel j’ai été élu", répondra notre chanceux.
Deux interventions plus Brissonnistes dans le public permettent de penser que le rapport de forces n’est pas totalement déséquilibré, Victor Pachon se lance sans filet dans une boutade sur l’Hôtel du Palais qui tombe à plat, Max Brisson sourit sans ricaner, beau joueur.
La conclusion se profile, les voies nouvelles permettront aux citadins de ne pas voir leur environnement saccagé par des murs de protection phonique sur les voies existantes, "on ne veut pas de la destruction de notre environnement", soit,

posées devant lui, réflexe d’ancien professeur d’Histoire-Géo qui rappellera dès que nécessaire à l’auditoire.
L’article de Pays Basque Info rappelant sa position en faveur des voies existantes en 1993 lui est encore resté en travers de la gorge, "il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis" lui attirant les quolibets ravis des opposants qui, eux, depuis tout ce temps-là, n’ont pas changé de discours.

"JE NE VEUX PAS TOMBER DANS LE CLIVAGE POLITIQUE BINAIRE"
Autour de lui, sa garde rapprochée roule plus des yeux que des mécaniques, la moindre personne intervenant est systématiquement photographiée et filmée, un "Vous travaillez pour la police, ou quoi ?" permettant de calmer un peu cette ardeur.
La première prise de parole de Victor Pachon sur une analyse radicalement opposée du projet génère un "C’est qui, lui ? Un abertzale ?" discret mais perceptible, suivi rapidement par un "Max ! Max ! Arrête-le, il faut qu’il arrête !" plus insistant, que l’élu biarrot finit par saisir.
Les grognements et autres mouvements d’humeur de l’auditoire sont, par la suite, plus facile à traduire : "Ouais ! Ouais ! Les gens qui crient, c’est les amis du Pachon !", une discrimination négative moins facile à appliquer quand une personne dans la salle demande : "M. Brisson, pouvez-vous dire quel sera l’impact du projet sur nos impôts locaux ?".
Un petit moment de flottement, une explication technique pas convaincante, avant de se jeter à l’eau avec un "je serai un fieffé menteur si je vous disais quel mode de financement sera adopté, mais ce n’est pas le débat de ce soir", l’élu pensera à repartir ce soir après avoir griffonné "Prévoir réponse sur impôts locaux" sur une fiche..

"CE SOIR, C’EST UN BIARROT QUI PARLE AUX BIARROTS"
Au chapitre "Définition d’un élu républicain", une autre intervention de la salle porte sur la raison qui le motive à prendre la tête de la contestation de riverains contre d’autres citoyens, la réponse est attendue de pied ferme par la salle,

argument des opposants mais retourné façon rats des villes contre souris des champs, personne ne veut vivre à côté des voies, et les habitants de la Négresse s’en fichent un peu d’une ligne qui passe par Ascain ou Urrugne

"IL FAUT PENSER BIARRITZ COMME ELEMENT D’UNE EURO-REGION ALLANT DE TOULOUSE A BORDEAUX ET SAN SEBASTIAN !"
Comme promis – ou espéré -, "le débat a été respectueux et courtois", Max Brisson s’inclut dans les gens qu’il remercie, essai tenté et malgré tout réussi, il n’a pas gagné la guerre de la LGV ce soir, mais a dû indiscutablement impressionné son camp, sa photo sera dans la presse locale demain, une dernière réponse gourmande au journaliste de l’AFP présent, "qui sait si demain, avec la réforme de la collectivité territoriale, le canton dans lequel je suis élu ne va s’agrandir", ses amis politiques présents le trouvent encore jeune et particulièrement dynamique, il range ses fiches, rêve sans doute d’une assemblée plus grande dans le futur, il sourit, il a trouvé sa voix nouvelle - façon Le Grand Vote-, la ligne actuelle vers la Mairie doit lui paraître déjà un tout petit saturée, mais ce n’est qu’une question de temps et d’investissement…